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Le livre blanc du SNUipp/FSU... en débat avec Philippe Meirieu

jeudi 6 avril 2017

Compte rendu de l’intervention de Philippe Meirieu et du SNUipp-FSU 42

Le SNUipp/FSU 42 a organisé une rencontre avec Philippe Meirieu. Vous étiez environ 150 collègues au campus santé-innovation de Saint-Etienne ce lundi 27 mars 2017.

Introduction LE LIVRE BLANC du SNUipp/FSU

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le livre blanc du SNUipp-FSU

Le SNUipp/FSU vient de publier son livre blanc pour l’école. Le constat et les perspectives développées se basent sur des comparaisons internationales, qui invariablement, place l’école française en bas de l’échelle sur le plan de l’investissement. Le projet que le SNUipp présente a été chiffré : il s’agirait d’un plan d’investissement de 6 milliards d’euros : Une folie ? Rappelons-nous que le pacte de responsabilité, dont les experts estiment qu’il a un effet quasi-nul sur l’emploi, pèse 40 milliards annuels sur nos finances publiques. C’est donc un choix politique !

La transformation de notre école passe également par des modalités de travail qui doivent évoluer. Le développement du « plus de maîtres que de classe », une offre de formation clairement réévaluée, du temps pour pouvoir travailler en équipe : ces pistes doivent être des priorités pour nous permettre de faire face aux défis qui s’impose à notre école, au premier desquels la lutte contre les inégalités.

Mais concrètement, pour faire réussir tous les élèves, comment s’y prend on ? Le débat se polarise sur quelques idées clivantes et laisse peu de place pour la réflexion de fond.

Pourtant ces débats existent mais sont inaudibles dans cette campagne. Le SNUipp/FSU s’efforce de les faire vivre. A nous, collectivement, de poursuivre la réflexion pour faire avancer l’école et ne pas se satisfaire du statu-quo. A nous de prendre toute notre place dans le débat autour de l’école pour contrer cette petite musique de la déploration que nous jouent certains.

Pour nourrir cette réflexion et pour parler de l’essentiel, nous avons eu le plaisir d’accueillir Philippe Meirieu. Son parcours l’a tantôt mené à enseigner à l’école primaire au collège, au lycée, à être membre du conseil national des programmes, directeur de l’INRP et directeur de l’IUFM de Lyon et qui est aujourd’hui professeur des universités émérite en sciences de l’éducation.

Nous avons souhaité créer les conditions d’un échange entre un chercheur, des collègues et le SNUipp/FSU, sur un thème absolument crucial à l’école : les inégalités. La France a l’un des systèmes scolaires les plus inégalitaires, les plus reproducteurs. Cette caractéristique de l’école française joue un rôle déterminant dans l’organisation de la société française puisque l’école agit comme un espace de tri et de distributeur de rôle sociaux quasi-déterminés par l’origine sociale des individus. Cet aspect est mis très clairement en exergue par le rapport récent du CNESCO qui parle d’une chaîne de processus inégalitaire.

La problématique des inégalités scolaires est donc complexe et les questions sont nombreuses :
- Comment l’école peut-elle généraliser cette réussite à tous les élèves ? - « Réussir » ça veut dire quoi ?
- Nos pratiques génèrent-elles des inégalités ?
- L’institution se dote-t-elle de moyens suffisants pour contrecarrer la logique reproductrice ? Y a-t-il une véritable volonté politique ?
- Quelle place pour les familles ?

Intervention de Philippe Meirieu POUR UNE ECOLE DE L’EGALITE REELLE FIDELE AUX VALEURS DE LA REPUBLIQUE

La France a l’un des systèmes scolaires les plus inégalitaires, elle effectue, malgré elle, des tris et inverse désormais la question des inégalités scolaires, en effet, le collège pour tous renvoie la responsabilité de l’échec aux élèves, qui, en fait, sont les victimes du système.

Comment l’école peut-elle généraliser l’égalité, une égalité réelle ? Cette question revêt de multiples dimensions, la dimension sociétale permet de l’envisager sous l’angle de nos valeurs : le service publique et le sens critique

1- Un peu d’histoire...

La forme scolaire est une certaine manière d’organiser l’école (différent selon les cultures). L’école française s’organise autour de la classe, qui est une forme scolaire ancienne héritée du XIXème siècle. Dans les années 1830 deux modèles s’opposent :

- Le modèle simultané soutenu et promu par Guizot (anti-républicain) pendant la Monarchie de Juillet : même âge, même niveau, mêmes activités, pour des classes homogènes. Guizot est contre les classes uniques
- Le modèle mutualiste (inspiration anglaise, suisse) : entraide, mutualisation, enseignements réciproques, classes hétérogènes. Les élèves deviennent des moniteurs.

Guizot hésite car l’école mutualiste est moins chère. Finalement, il interdit ce type d’école. La création du corps des inspecteurs a permis de renforcer le pouvoir de l’État et la création des Écoles Normales de formater des Français obéissant à la Monarchie de Juillet. Jules Ferry a imposé la langue française et fait disparaître les patois, laïcisé en maintenant les contrôles. Il maintient le double système d’une école communale et du lycée et petit lycée payant (ceci dan sle cadre de l’instruction publique. Bien évidemment, l’école privé confessionnelle reste et se développe.

2- L’accès à l’école publique pour tous ?

La démocratisation de l’accès ne s’est pas transformée en démocratisation de la réussite ; il s’agit donc d’un malentendu sociétal, puisque l’école accueille tout le monde et n’en fait réussir que quelques-uns. C’est pourtant l’objectif et l’enjeu du socle commun des connaissances et compétences. La refondation de l’École est nécessaire, mais tâtonnante !

3- Des phénomènes sociétaux qui aggravent les inégalités

a) Un problème sociétal est très vigoureux aujourd’hui, l’individualisme social (refus de supporter les obligations, contraintes d’orientation professionnelle, de vie familiale, …). L’individu « roi » utilise le collectif mais ne le construit plus. Chacun « picore » selon ses propres nécessités et le modèle de réussite est un modèle de réussite individuelle. Auparavant, on notait une confiance absolue en l’institution sociale (éducation, justice, services publics, …). Aujourd’hui, il existe un état de suspicion permanent et un déclin des institutions.

b) L’enfant a changé de statut. Certains sociologues avancent que la contraception a modifié la perception des familles et de la société sur l’enfant. La contraception est une avancée sociale majeure, elle fait de l’enfant un « être » désormais « désiré »... qui doit faire le bonheur des parents ! Ce changement a été rapidement capté par le capitalisme pulsionnel « tu auras ce que souhaites si tu sais t’y prendre ». Ces sollicitations incessantes ont des conséquences considérables sur la capacité d’attention des enfants et des élèves.

4- Et l’école dans tout ça ?

A l’opposé, éduquer c’est sortir de l’infantile, surseoir à l’immédiateté. Apprendre, c’est inhiber certains réflexes cognitifs qui nous empêchent de penser, c’est résister à ce qui remonte « naturellement » en mémoire, avoir une attitude réflexive par rapport à ce que l’enfant croit logique (O. Houdé). L’école résiste encore à la dynamique de l’immédiateté en différant le passage à l’acte, en encourageant la réflexion. Pédagogiquement, nous tombons parfois dans le piège de la pédagogie du « garçon de café » où l’enseignant répond individuellement aux sollicitations immédiates en « courant » d’un élève à un autre !

L’objectif d’une école de la république laïque s’est de développer chez les élèves une pensée libre ! La structuration du langage oral et écrit permet de développer la réflexion et l’argumentation, la compréhension et la mémorisation par la reformulation. Il faut donc aider les élèves à « inhiber » leurs pulsions pour surseoir à la réaction spontanée et déclencher un processus mental. Un enjeu important se présente : savoir donner du temps aux enfants pour réfléchir, construire un raisonnement.

3 pistes simples pour développer une pensée libre et donner du temps :
- Des rituels : Cela peut être réalisé par la mise en place de rituels stricts notamment dans les débats (formuler sa pensée jusqu’au bout, contredire en reformulant les propos du camarade pour assurer qu’ils sont compris, puis en argumentant à son tour). Le partage constitue peu à peu le savoir.
- La séparation du « savoir » et du « croire ». Le savoir doit être démontré, étayé. L’enrichissement du vocabulaire est la clé de la réussite de cette entreprise. Accéder au savoir, c’est surseoir à l’acte immédiat, anticiper, se documenter, se cultiver pour prendre une décision raisonnée.
- La fermeté linguistique est indispensable. L’enseignant doit être clair et explicite (formulation des consignes, attentes). L’enseignant doit distinguer la tâche (faire) de l’objectif (apprendre). L’objectif visé doit être expliqué pour comprendre l’attente. La nécessité pour l’enseignant de repérer les enfants qui n’ont pas compris est essentielle. Un protocole simple peut-être mis en place en interrogeant les élèves après chaque activités « ce que j’ai fait ? » « ce que j’ai compris ? »

5- Un service public

Un des grands défis de l’école aujourd’hui est de lutter contre les inégalités. Cela passe par la lutte contre les dispositifs multiples de soutien, et d’externalisation de l’aide qui entérinent les inégalités. En cela, les RASED sont une solution à la difficulté scolaire en agissant dans l’école, en lien avec les enseignants. De même, les écoles privées parallèles (brandissant une étiquette pédagogique) et le lobby de « l’instruction familiale » auront pour effet, à terme, d’exclure encore davantage. Si les usagers sont les seuls à définir les objectifs, les intérêts privés l’emporteront sur le bien commun. Il est donc nécessaire d’ouvrir l’École, de communiquer, de construire un contrat avec les parents d’élèves, de montrer ce qui est réalisé. L’école doit :
- être garante de cette égalité
- transformer la suspicion en confiance
- être un espace de décélération
- encourager l’entraide
- apprendre aux enfants l’exigence et le goût du travail bien fait
- militer pour rester un service public d’éducation
- résister au démantèlement (embrigadement, marchandisation)
- rester une institution fondée sur des valeurs fortes : coopération et laïcité.

Merci à J-C. M. pour son compte rendu précieux !

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